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Renaud Jean

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  • Tandis que je séparais les verdures tendres des plantes grimpantes qui s’étaient enroulées tout autour, je m’interrogeais sur la vie des choux, sur leur cœur et leur vitalité. Ils ignoraient, comment pouvait-il en être autrement, les soins et l’attention que je leur consacrais, et je les aimais pour cela, pour le mystère essentiel de leur être, aucune exposition possible, aucune prétention à connaître ou à être connus, les beaux, les impensables choux ! La bette à carde aussi, et les feuilles de moutarde, même l’ail qui, ayant survécu à l’hiver, lançait en l’air ses tiges sveltes. Comprenez-vous ce que je dis ?

    — Sarah Bernstein, Étude pour l’obéissance (trad. Catherine Leroux)

    19 juillet 2026
  • Tout m’apparaît en tant que construction. La moindre remarque d’un autre, le moindre spectacle vu par hasard bouleverse tout en moi, même les choses oubliées, même les choses totalement insignifiantes. Je suis plus vacillant que jamais, je ne sens que la violence de la vie.

    — Franz Kafka, Journal (trad. Marthe Robert)

    18 juillet 2026
  • Changement d’adresse : renaudjean.com → renaudjean.net

    17 juillet 2026
  • Des vies humaines avaient afflué là au fil du temps, volontaires pour l’exil ou pire encore. Sous le tout, il y avait la présence épouvantable d’innombrables luttes désespérées. Pourquoi continuaient-ils de nous envoyer là ? Pourquoi continuions-nous d’y aller ?

    — Jeff Vandermeer, Annihilation (trad. Gilles Goullet)

    15 juillet 2026
  • M. Arthur entretient son esprit vif grâce aux mots croisés et affirme que la modération est la clé de sa longévité. Mis à part l’utilisation d’un déambulateur, Arthur est autonome et dit avoir de l’énergie pour presque tout.

    « Il ne faut pas en faire trop dans la vie », a déclaré l’homme de 110 ans.

    — Noovo Info

    11 juillet 2026
  • Pierre rentre chez lui.

    Le voici prisonnier entre ses quatre murs.

    Pour lui, jusqu’à présent, les parties rassurantes, respirantes d’une chambre, ce ne sont pas les murs, mais les portes et fenêtres, car les portes s’ouvrent sur du nouveau, les portes permettent de s’en aller ; les fenêtres sont des amies ; par les fenêtres, on jette les yeux, on jette l’argent, on communique avec les vivants. Pierre n’attend plus rien de sa porte ; il ne regarde plus cette fenêtre qui donne sur un labyrinthe sans dégagement.

    […]

    Plus trace en Pierre de mobilité et d’agilité. Il semble pris dans du ciment. Il jouit de toute sa réflexion, mais il a perdu sa sensibilité, il ne bouge plus. Ses pas lui paraissent maintenant aussi inutiles que des cris au fond d’une oubliette.

    Tout est bouché. Il y a des gardes à toutes les issues. Plus de moyen de s’échapper.

    — Paul Morand, l’Homme pressé

    7 juillet 2026
  • Exister sous le signe de la maison ou de la demeure conçue comme une place forte ou un bunker, c’est, en somme, s’épuiser à défendre une frontière purement imaginaire derrière laquelle le moi s’esseule à mort. La peur de l’autre et celle de l’existence en général qu’engendre cette façon de vivre ou de ne pas vivre ne sont que la projection de la frayeur qu’éprouve l’être humain au regard de l’étranger qu’il est pour lui-même, dans les replis et les profondeurs de sa propre psyché.

    Une frayeur qu’il ne peut exorciser, on n’insistera jamais assez, qu’en s’aventurant résolument dans ce château de l’âme où sainte Thérèse et les explorateurs du dedans nous invitent à les suivre afin d’y dénouer, au contact de cet Autre et de cet Hôte mystérieux, quelque nom qu’on lui donne (Dieu, Soi, inconscient…), ce nœud qu’est le moi dans la forêt de l’Être, cette crispation identitaire empêchant d’embrasser la totalité de ce qui est comme une seule et même continuité organique où l’Unique joue à cache-cache sous les masques du multiple.

    […]

    Tout l’art consiste à savoir passer librement d’une identité à l’autre, d’un moi à l’autre aussi souplement que l’acteur épouse les rôles sans s’y enchaîner. […]

    C’est ce à quoi s’exerce l’écrivain qui, en accord avec le sens que du Marsais, dans son Traité des tropes, attribue à la métaphore conçue comme « demeure empruntée », n’habite le langage et le monde que de façon transitoire, comme en passant, glissant d’une maison à l’autre, d’une réalité à l’autre, d’une identité à l’autre sans jamais s’y attarder, sachant que la joie séjourne dans le vide permettant à toute chose d’être et de respirer, libre des murs et de l’effroi qui enferment.

    — Guillaume Asselin, Bunkers. L’Archipel de la peur

    30 juin 2026
  • Ne sommes-nous pas tous des croix à porter, sinon par les autres, du moins par nous-mêmes ?

    — Gyrðir Elíasson, « Leçons », Barques d’ombre (trad. Catherine Eyjólfsson)

    24 juin 2026
  • Orpen Wren attendait à la gare de Rathmoye, ainsi qu’il en avait coutume chaque matin et chaque soir. Il attendait en toute saison, sans impatience : par cette chaude matinée estivale, c’était un plaisir, et il s’octroya un petit somme, sachant qu’il serait réveillé par le bruit du train pour Dublin approchant de la ville. Mais nul train ne vint, nul train n’était venu depuis la fermeture de la gare, nul train ne viendrait plus jamais.

    — William Trevor, Cet été-là (trad. Bruno Boudard)

    17 juin 2026
  • — À l’époque, les anciens profitaient de l’hiver pour célébrer les noces. L’été n’était pas la saison pour festoyer : les travaux, les semences, les récoltes, ça ne laissait pas de temps pour les danses et les veillées.

    « Mais l’hiver, c’était autre chose. Les femmes cuisinaient des tartes et des tourtières, des chaudières de ragoût. L’esprit de la fête, qui est surtout celui de la communauté immobilisée par les neiges et le froid, s’étirait du jour de l’An au temps des sucres. Nulle part où se rendre, si ce n’est chez le voisin pour aller veiller. Rien à faire, à part quelques travaux d’entretien avant d’aller danser. L’artisanat, l’ébénisterie, c’est du temps immobile métamorphosé en meubles. C’est le travail du bois qui s’inscrit dans les mains de l’artisan à mesure qu’elles le sculptent et qu’elles deviennent à leur tour du bois.

    « La parole voyageait si bien dans ces nuits froides et claires : les contes du pays, les menteries, les parlures… Et les jeunes hommes dans les chantiers rêvaient de descendre au village, de participer aux fêtes, de danser avec leur promise, mais ils se savaient prisonniers de la forêt au moins jusqu’au printemps, jusqu’à la fonte des neiges, jusqu’aux grandes débâcles accompagnées par les frayeurs d’eau glacée de la drave.

    « À l’époque, il n’y avait pas d’autoroute pour se rendre chez sa fiancée, que la chasse-galerie et la peur atavique de se perdre dans les bois, un soir de tempête de neige. Pour aller voir sa blonde, il fallait prendre son courage à deux mains et rentrer au village en marchant, ou vendre son âme au diable. Quand je regarde ce que le pays est devenu, avec ses autoroutes et ses stations d’essence, avec ses restaurants de beignes et ses lave-autos, on peut dire que c’est la seconde option qui la emporté. »

    — Jean-François Létourneau, le Territoire sauvage de l’âme

    8 juin 2026
  • Tout de suite, si vous voulez, je m’enfonce dans la nuit. La forêt ne me fait pas peur, ni les ténèbres. Elles me connaissent ; nous nous connaissons. J’ai été créée à l’image de ce pays aride et où rien n’est vivant, hors les oiseaux qui passent, les sangliers nomades.

    — François Mauriac, Thérèse Desqueyroux

    30 mai 2026
  • D’une manière ou d’une autre, au fond, je souhaitais être assis là tout seul et me prendre en pitié. Pourquoi, c’est ainsi même que cela commençait toujours, n’y avait-il personne qui vous disait ce qui arrivait au corps quand on vieillissait ? Qui vous parlait des articulations douloureuses, de la peau excédante et de l’invisibilité ? Vieillir, pensai-je, pendant que l’amertume se déversait, consistait surtout à observer comment la différence entre son moi et son corps grandissait et grandissait jusqu’à ce qu’un jour on soit complètement étranger à soi-même. Qu’y avait-il là de beau ou de naturel ?

    Et alors que le disque se terminait et que le silence me laissait solitaire dans la pièce, vint le coup de grâce : il n’y avait aucune issue. Il me fallait vivre dans cette prison grise et traîtresse jusqu’à ce qu’elle me tue.

    — Anne Cathrine Bomann, Agathe (trad. Inès Jorgensen)

    +

    24 mai 2026
  • Elle a l’habitude de s’exprimer ainsi : ceci ou cela, « nous » ne devons pas le faire, ou « nous » devons l’accomplir – et moi je n’ai pas la moindre idée de qui est ce « nous », probablement un parti idéal ou philosophique – mais, pour ma part, je ne connais que le « moi ». Je ne puis ni vivre à l’imitation de modèles, ni jamais devenir un modèle pour qui que ce soit. En revanche, je façonnerai ma propre vie selon moi-même, cela je le ferai à coup sûr, advienne que pourra. Il ne s’agit donc pas pour moi de défendre un principe, mais quelque chose de bien plus merveilleux – quelque chose qui est tapi au fond de soi, brûlant de vie, jubilant, avide de jaillir au dehors.

    — Lou Salomé, lettre à Hendrik Gillot du 26 mars 1882, dans Il faut voler la vie. Lettres de joie et de liberté (trad. Charlotte Grenier)

    15 mai 2026
  • Écrire, ce n’est rien ; s’écrire soi, c’est une autre paire de manches, pas une aventure, ni un exploit. C’est sonner à sa propre porte avec l’idée que quelqu’un va nous ouvrir. Évidemment, ça n’arrive jamais que quelqu’un nous ouvre. On reste là sous la pluie, devant sa propre porte toute sa vie.

    — Jean-Claude Pirotte, Un voyage en automne (cité par Gilles Archambault dans En toute reconnaissance. Carnet de citations plutôt littéraires)

    15 mai 2026
  • Du 15 au 21 mai 2026, le Palais des congrès de Montréal accueille le Congrès mondial des tunnels, qui réunit 2 700 spécialistes des infrastructures souterraines.

    — Palais des congrès de Montréal

    15 mai 2026
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