La ruelle telle que nous la connaissons aujourd’hui apparaît à Montréal au milieu du 19e siècle. Auparavant, lorsqu’il y avait cour intérieure ou arrière, celle-ci était accessible par une porte cochère. La porte cochère, d’origine française, est ainsi nommée car elle permettait le passage d’un cocher et de sa voiture à cheval. La ruelle, de son côté, est d’origine britannique bien qu’elle tire son nom d’un ancien mot français « ruiele ». Bien avant d’être un passage urbain, la ruelle désignait, en effet, un espace entre le mur et le lit.
Citations
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Mon âme, c’est quarante années de menus événements, de pensées, de gestes, quarante années de paroles, toujours les mêmes. Ce que j’appelle mon âme, c’est une carcasse, usée déjà plus qu’à demi, avec des poils, des plis, des cicatrices et des durillons. C’est un canapé que vous ne connaissez pas, mais qui n’est pas dépourvu d’expérience. C’est un lit qui représente presque quinze ans de moi. C’est une vieille commode en merisier, un buffet Henri II et quelques chromos sur une muraille. C’est une vieille maison, une rue sans soleil. Et quoi encore ? Une ville que je porte sur ma peau, comme une tunique suffocante, depuis ma naissance, et qui pense, pour moi, la moitié de mes pensées. Et quoi encore ? ma mère, ma femme, des souvenirs…
— Georges Duhamel, le Club des Lyonnais
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Quand des écrivains se plaignent de leur sort matériel, ils suscitent toujours une vive agressivité. Ce ressentiment doit plus à des images d’Epinal qu’à la réalité : comme le rappelle le sociologue Bernard Lahire dans La Condition littéraire, en dehors de l’infime minorité qui vit de ses œuvres, les auteurs n’ont pas de statut social en tant que tels. Ils ont le statut de leur second métier, de leur gagne-pain, qui peut être très divers. Et si beaucoup sont précarisés, c’est au même titre et pour les mêmes raisons que l’ensemble de la population. En revanche, ils suscitent une jalousie justifiée dans la mesure où ils ont la chance d’avoir identifié leur vocation, et d’avoir dans leur vie une activité gratuite, qu’ils exercent pour elle-même. Ils donnent ainsi une visibilité à un besoin qui existe chez tout le monde, mais qui ne trouve pas toujours à s’exprimer.
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Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.
— Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier
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On doit noter que, selon ses propres allégations, il avait l’intention de laisser l’aérostat dériver au gré des vents, comme s’il n’avait pas eu de gouvernail, et qu’il s’installerait là où l’appareil se poserait pour y vivre en ermite, sans voir personne, et se nourrissant de racines sauvages et de plantes qu’il consommerait crues, et de tout ce qu’il pourrait dénicher pendant ses pérégrinations aux alentours. Allez donc essayer d’enlever une telle absurdité de la tête d’un Stoppakius. Mais, après tout, pourquoi pas un voyage en aérostat ? Le changement d’air, là-haut dans l’espace, lui ferait grand bien, arguait Solange, dont l’esprit songeait pourtant à autre chose : la gloire et la magnificience.
— Nikos Kachtitsis, le Héros de Gand (trad. Jacques Bouchard et Fred A. Reed)
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Une porte s’ouvrit et se referma derrière la jungle.
— Raymond Chandler, le Grand Sommeil (trad. Boris Vian)
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Celui qui a le goût et le souci de la langue ne saurait intégrer le moindre corps de métier, toute profession développant inévitablement un abominable jargon technique qui blesse son oreille, il ne saurait davantage prendre part à un quelconque jeu de société ou sport collectif et tolérer les empoignades injurieuses qui s’ensuivent — le voici donc renvoyé à sa solitude et bien obligé de devenir écrivain, pauvre bonhomme…
— Éric Chevillard, l’Autofictif
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Que reste-t-il des livres lus ? Des histoires, des idées, des raisons de vivre ? Moins, beaucoup moins. Et, paradoxalement, beaucoup plus peut-être : une émotion incarnée dans une atmosphère, un lieu qui sont ceux-là mêmes de la lecture. Oui, ce qui souvent, pour moi, reste d’un livre, ce n’est ni des informations, ni des péripéties ou des personnages, ni des réponses à des questions mais, simplement, une expérience. Dans un espace déterminé (cuisine, chambre, rue, métro, jardin…), un saisissement soudain : celui de cette intensité de vivre que refuse à la littérature ce vieux réflexe selon lequel il y aurait les livres et la vie, le langage et le monde. Car lire c’est vivre. Et même vivre plus intensément parce qu’une vraie lecture entraîne une unité de la personne — une plénitude de même nature qu’un acte de création ou d’amour.
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et ce que je veux te dire, ce n’est pas ici que je pourrais te le dire, il faut que l’on trouve l’herbe où l’on pourra se coucher, avec un ciel tout entier au-dessus de nos têtes, et l’ombre des arbres, ou alors une chambre où on aura notre temps, mais si tu crois que c’est seulement une chambre que je cherche, non, je n’ai pas sommeil, et rien de plus facile à trouver qu’une chambre pour une nuit, les trottoirs sont pleins de chercheurs de chambre et de donneurs de chambre, et si tu crois que c’est seulement pour parler, non, je n’en ai pas besoin comme dehors tous ces cons, je ne suis pas comme eux, je suis le mec, moi, plutôt que de parler, à suivre une belle nana pour la regarder, et la regarder seulement, pourquoi faire autre chose que de regarder une belle nana, et même je suis le mec, moi, plutôt que de regarder une nana, à marcher seulement, et cela me suffit comme occupation, toute ma vie je veux bien me balader, courir de temps en temps, m’arrêter sur un banc, marcher lentement ou plus vite, sans jamais parler
— Bernard-Marie Koltès, la Nuit juste avant les forêts
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Ce qui m’intéresse dans le rêve, plus que son contenu, c’est sa tessiture, sa matière. La matière des rêves : fluide, diaphane, immédiatement éternelle. Mon ambition, quand j’écris, c’est de construire, selon la magistrale formule de Baudelaire, des « rêves de pierre » (« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre »). J’aime l’idée que l’on puisse définir un livre comme un « rêve de pierre » : « rêve », par la liberté qu’il exige, l’inconnu, l’audace, le risque, le fantasme ; « de pierre », par sa consistance, minérale, qui s’obtient à force de travail, le travail inlassable sur la langue, les mots, la grammaire.
— Jean-Philippe Toussaint, « Construire des rêves de pierre », propos recueillis par Minh Tran Huy, le Magazine littéraire, numéro 490 (octobre 2009).
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À force de vivre je crois
que ce qui me reste de foi
je m’excuse c’est la paresse
Par paresse j’ai fait ceci
et cela que ne devais faire
Aussi bien me suis-je abstenu
non par morale ou par vertu
de travaux pour moi secondaires
et qui sont pourtant répandus
à tel point que ne pas les faire
est mal vu Si je vis en marge
c’est par goût d’une liberté
qui passe pour anecdotique
je m’en soucie peu Je n’ai pas
le complexe du temps passé
de ce que je fus même si
j’en dois tirer quelque avantage
Je recommencerai demain
à n’être que ce rien de rien
qui n’a dans les mains dans les poches
dans le crâne que ce rien-là
et ce n’est pas parce qu’en vers
très contestables d’un côté
comme de tout autre aussi bien
je proclame ma nullité
qu’il faut la prendre à la légère
Je me passe très bien de tout
ce qui peut faire vivre un homme
J’ai besoin d’un peu d’argent pour
qu’on mange autour de moi Je fais
rien que pour cela nécessaire
Bref déjà mort pour vous pour vous
mes amis que j’aimais tant voir
mais dénués de la tendresse
que je trouve parfois sans rire
au coin d’une ruelle où bat
le linge mouillé que la nuit
va rendre sec Tant pis pour moi
qui n’aime que la solitude
et qui ne tourne dans mon lit
que par désir d’y retourner
Mais les hommes sont trop fermés
les hommes aussi bien moi-même
j’en suis un à ne pas douter
mais qu’est-ce qu’un homme Et je m’aime
un tout petit peu Il le faut
pour supporter l’amour des autres.Mais on m’a déjà dit souvent
que le moi n’était bon prophète
que dans l’absence stupéfaite
d’un miroir sans équivalent
Tout ce que j’ai fait dans ma vie
ou négligé de faire c’est
moins par volonté que besoin
de m’étonner d’être autre chose
que ce corps qui me trahirait
sans crier gare un jour prochain
et sans m’avoir laissé le soin
de le finir en juste cause.— Georges Perros, Une vie ordinaire
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Sans la littérature, on ne saurait ce que pense un homme quand il est seul.
— Georges Perros, Papiers collés II
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J’entends m’en tenir à un réalisme qui ne rejoint le fantastique que par un paroxysme de précision et de rationalisme, par hyperréalisme, hyperrationalisme. C’est peut-être l’occasion de prendre position face au surréalisme, celui des écrivains et celui des peintres.
— Michel Tournier, le Vent Paraclet
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Je compris avec épouvante que ma vie entière avait consisté à attendre, toutes les formes de l’attente, et seulement à attendre, dans une sorte de perpétuelle hémorragie, et que tout le temps qui me restait pour percevoir le présent ne pouvait plus se compter qu’en heures. Le contenu de ma vie m’apparut pareil à une bulle de savon qui éclatait devant moi. Je vous le déclare : quoi que nous fassions en ce bas monde engendre une nouvelle attente, un nouvel espoir. L’univers est imprégné du souffle pestilentiel qui s’exhale de la lente agonie d’un présent à peine né. Qui n’a jamais ressenti l’énervante faiblesse qui nous submerge dans le salon d’attente d’un médecin, d’un avocat, d’un fonctionnaire ? C’est cela que nous appelons la vie : c’est le salon d’attente de la mort.
— Gustav Meyrink, « Les sangsues du temps », le Cardinal Napellus (trad. Marcel Schneider)