Tandis que je séparais les verdures tendres des plantes grimpantes qui s’étaient enroulées tout autour, je m’interrogeais sur la vie des choux, sur leur cœur et leur vitalité. Ils ignoraient, comment pouvait-il en être autrement, les soins et l’attention que je leur consacrais, et je les aimais pour cela, pour le mystère essentiel de leur être, aucune exposition possible, aucune prétention à connaître ou à être connus, les beaux, les impensables choux ! La bette à carde aussi, et les feuilles de moutarde, même l’ail qui, ayant survécu à l’hiver, lançait en l’air ses tiges sveltes. Comprenez-vous ce que je dis ?
— Sarah Bernstein, Étude pour l’obéissance (trad. Catherine Leroux)