Le sort de mon cousin, de mon oncle et de mon père nous a été transmis de bouche à oreille, sous le sceau de la discrétion et de la prudence. Ils auraient été forcés de s’agenouiller au bord d’une falaise, et on les aurait abattus à bout portant avant de faire basculer du pied leur corps dans l’abîme.
Avaient-ils les yeux bandés ou ont-ils pu voir une dernière fois la ligne de l’horizon s’ouvrir ? Pensaient-ils à ce qui avait été ou à ce qui ne serait pas ? Sont-ils morts sous les balles ou ont-ils senti leur corps se fracasser contre les rochers, au fil de la chute ? Et les bourreaux… Avaient-ils le sentiment du travail accompli ? Sont-ils rentrés à la maison le pas léger pour embrasser leurs enfants ? Ont-ils trouvé facilement le sommeil une fois la nuit venue ?
— Vi Nguyen, Sông Đà. La Rivière Noire