Collectivement, n’est-il pas devenu presque impossible d’interpréter les gestes de désespoir autrement que dans le clivage désormais consacré des figures du terroriste et du déprimé ? C’est à la police ou à la médecine d’y voir, de guérir ou de punir. Séduits, donc, par ce langage apte à contenir tout ce qui paraît étranger et inquiétant, nous comprenons fort mal ce qu’il refoule, dont il nous incombe pourtant collectivement de nous occuper pour prendre soin les uns des autres.
Liberté
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La vie libre ? quelle dérision que cette liberté. Se réveiller le matin sans une tâche, sans un espoir, sans un désir et se replonger dans le sommeil — les jours où l’argent ne manque pas — jusqu’à en être écœuré ; passer les jours dans l’irritation, former des projets qu’on se sait incapable de réaliser, retrouver dans son esprit les mêmes pensées plates et devant ses yeux les mêmes images sans attrait, remuer dans son cœur ou dans son ventre des chaleurs puantes et attendre, comme une fatalité, en fermant les yeux et avec dégoût, l’heure où on retombera dans ses vices, l’heure où la nuit se couche sur la terre, où la malédiction vous possède et où l’on sait que l’on ne se refusera à rien ? J’aime autant la prison.
— Emmanuel Robin, l’Accusé