J’ai gardé l’attitude qui était à peu près celle de l’écrivain il y a un siècle et même un demi-siècle. Pour moi, l’écrivain est quelqu’un qui écrit, qui a envie d’écrire, qui écrit des livres, puis il passe le texte à l’éditeur qui s’occupe de l’imprimer, de le diffuser, de le faire connaître, de faire la publicité, etc. Chacun son métier. Je considère que c’est ainsi qu’il faut continuer, je me suis toujours comporté de cette façon, mais maintenant — je crois que c’est à tort — les écrivains ont pris sur eux une bonne partie du travail qui revenait à l’éditeur… Ce sont eux qui font la promotion de leurs livres. C’est un travail que je ne veux pas faire, c’est le travail du libraire et de l’éditeur, de même que je ne participe pas à des séances de signature automatique dans les magasins. Je pense que la dédicace est un signe d’amitié à quelqu’un qu’on connaît et n’a guère de sens à un inconnu. C’est un procédé commercial de service après-vente simplement, qui est passé dans les mœurs et auquel je me conforme le moins possible. Je n’ai pas envie de me mettre devant les livres, en vitrine.
— Julien Gracq, Entretiens