Elle lança en dialecte : “Tu perds encore ton temps avec ces machins, Lenu ? Nous volons sur une boule de feu. La partie qui s’est refroidie flotte sur la lave. C’est sur cette partie qu’on construit les immeubles, les ponts et les routes. De temps en temps la lave sort du Vésuve ou bien provoque un tremblement de terre qui détruit tout. Il y a partout des microbes qui rendent malades et qui tuent. Il y a les guerres. Il y a çà et là une misère qui nous rend tous méchants. Chaque seconde il peut se produire quelque chose qui te fait tellement souffrir que tu n’as pas assez de larmes pour pleurer. Et toi tu fais quoi ? Un cours de théologie où tu t’efforces de comprendre ce que c’est que le Saint-Esprit ? Laisse tomber, c’est le Diable qui a inventé le monde, pas le Père, le Fils et le Saint-Esprit. […]”
— Elena Ferrante, l’Amie prodigieuse (trad. Elsa Damien, avec la collaboration de Christophe Meleschi)