Put the problem in the poem, c’est ce que je ne cesse de me répéter quand je me bute à un obstacle que je ne sais surmonter et que je refuse de contourner.
— Dominique Fortier, Chambres noires
Put the problem in the poem, c’est ce que je ne cesse de me répéter quand je me bute à un obstacle que je ne sais surmonter et que je refuse de contourner.
— Dominique Fortier, Chambres noires
Ce qui rapproche Vivian Maier d’Emily Dickinson, c’est cette œuvre fantôme, inachevée et sauvage que chacune a poursuivie en secret des années durant sans jamais la rendre publique et que d’autres se sont chargés de faire connaître après leur mort.
L’une comme l’autre se satisfaisaient du geste de création, sans avoir besoin que celui-ci débouche sur une réception ou une reconnaissance. Les poèmes de la première, les photographies de la seconde ne visaient pas à créer du lien, comme on le dit aujourd’hui à propos de tout et de rien – ou alors, il s’agissait d’un lien particulier, qui ne va pas d’un être vers un autre ou plusieurs, réels ou imaginés, mais menait à quelque part d’elles-mêmes, profondément enfouie, qu’elles s’efforçaient d’atteindre ou de recouvrer. Elles sont cet autre qui les attend au terme de leur quête. Elles sont au bout d’elles-mêmes, à la fois origine et destination. Trop sensibles, peut-être, pour être exposées de leur vivant.
— Dominique Fortier, Chambres noires
Je ne pense sans doute pas comme il faut, mais chez moi les mots et les idées ne se présentent jamais séparément ; je n’ai jamais, avant d’écrire, une idée, même floue, même incomplète, de ce que je m’apprête à dire. L’idée apparaît après, une fois que les mots l’ont incarnée. Pour être tout à fait exacte, elle naît probablement en même temps que les mots qui la nomment et sans lesquels elle ne prendrait jamais corps, mais je n’ai pas réellement conscience de participer ni même d’assister à cette naissance, je ne peux que la constater a posteriori, parfois avec une légère surprise, comme si cette idée avait été énoncée par quelqu’un d’autre. Il n’y a pas d’abord une abstraction que le langage viendrait rendre visible ou intelligible ; c’est le langage même qui pense.
— Dominique Fortier, Quand viendra l’aube
Le cœur de la Terre est fait d’un mélange de fer et de nickel. Aujourd’hui encore, la proportion exacte des éléments qui le constituent, son comportement, les effets qu’il a sur le reste de la planète et sur les satellites terrestres demeurent relativement mal connus. On sait que la température du noyau externe se situe à environ quatre mille degrés Celsius, que celui-ci est liquide et non pas épais et visqueux comme du magma, mais d’une consistance qui se rapproche de celle de l’eau. C’est des vagues et des secousses qui l’animent que découle le magnétisme terrestre. Mais ce noyau en cache un autre, dur, celui-là, l’équivalent de l’amande au cœur du fruit, dont la température est plus élevée encore de quelque mille degrés. La Terre est ainsi, à la façon d’un oignon, composée d’un certain nombre de strates plus ou moins épaisses, dont on a postulé l’existence grâce aux instruments de séismologie, qui permettent, en mesurant la vitesse et la force de propagation des ondes à l’intérieure de ces différentes couches, d’en déterminer la densité et la composition.
Ce qui se cache au centre du cœur, nul ne le sait. On a toutefois découvert que sa vitesse de rotation n’est pas exactement la même que la vitesse de rotation de la planète, constatation vertigineuse : le cœur et le corps célestes tournoyant ensemble dans l’espace, dans un même mouvement, mais à un rythme différent.
— Dominique Fortier, les Larmes de saint Laurent