Quand des écrivains se plaignent de leur sort matériel, ils suscitent toujours une vive agressivité. Ce ressentiment doit plus à des images d’Epinal qu’à la réalité : comme le rappelle le sociologue Bernard Lahire dans La Condition littéraire, en dehors de l’infime minorité qui vit de ses œuvres, les auteurs n’ont pas de statut social en tant que tels. Ils ont le statut de leur second métier, de leur gagne-pain, qui peut être très divers. Et si beaucoup sont précarisés, c’est au même titre et pour les mêmes raisons que l’ensemble de la population. En revanche, ils suscitent une jalousie justifiée dans la mesure où ils ont la chance d’avoir identifié leur vocation, et d’avoir dans leur vie une activité gratuite, qu’ils exercent pour elle-même. Ils donnent ainsi une visibilité à un besoin qui existe chez tout le monde, mais qui ne trouve pas toujours à s’exprimer.