Son écriture, croit Liv, se contentera désormais de fragments délicats, d’objets irrécupérables ; des textes dénués de genre, vidés d’une direction nette, sinon cette impulsion naïve et obstinée d’exister, comme l’ensemble du vivant. « Je cherche les phrases d’un esprit humble », disait-il avant la maladie de Vesta, une quête inspirée de la samare en vol qui porte la graine hors de l’ombre de l’arbre mère, semence qui lance sa tigelle, devient plantule puis se consolide, buvant eau, air et lumière, puis devient tige où, entre xylème et phloème, le cambium engendre, d’année en année, le bois vers le cœur et le liber vers l’écorce ; toujours un érable dans l’esprit de Liv, forme de vie lente purement consacrée au fait d’être un arbre pendant dix, vingt, cent, trois cents ans et dont la cime […] caresse parfois les dernières brumes matinales, donne protection et nourriture aux vivants rapides, insectes, araignées, oiseaux, mammifères, reptiles, champignons – une vie d’arbre, précise et immense, qui existe par ses actions, non par ses prétentions (voilà une part d’humilité à laquelle tu aspires).

— Jean-Simon Desrochers, le Corps simple