Sur l’ensemble, il y a ce cours qui me marque beaucoup plus que les autres, celui du mercredi matin de cette année-là.
Dans ce cours, le professeur parle en regardant le plafond, arpentant la classe d’un bout à l’autre, les mains derrière le dos. C’est le seul qui nous parle de philosophie, d’inconscient, de profondeurs et de mystères. Il nous fait découvrir Kierkegaard, Szondi, Spinoza, et situe Freud dans la lignée de tous ceux qui l’ont précédé : Schelling, Nietzsche et les autres. J’apprends alors qu’il existe une psychologie qui a tendance à prendre de grands airs, comme si, de son petit centenaire d’existence, elle oubliait qu’il y a bien longtemps que l’on réfléchit à la condition humaine. Avec ses techniques et son savoir scientifique, je la vois soudain comme une dame un peu hautaine, précieuse, gantée de blanc, qui joue à être une autre, une qui fait bien les choses, elle.
Elle commence déjà à m’agacer, cette psychologie-là.
J’aurai bien du mal à trouver ma place auprès d’elle, et de tous ses représentants si fiers de porter leur titre, leurs diplômes et leur petit mépris face aux autres manières d’accompagner le souffrant. Je n’arriverai jamais à embrasser son langage. Je songerai souvent à la planter là. Mais dès que je me retrouverai en face de quelqu’un qui me racontera sa douleur, je renouvellerai mes vœux, comme une nécessité, un mariage arrangé qui me permettra d’occuper ma chaise, bien assise dans l’Histoire, prête à ne rien comprendre et à l’accepter.
« Être psy, c’eșt accompagner un autre humain dans les ténèbres de son mystère personnel. La seule lumière qui puisse lui être bénéfique alors, ce n’est pas celle de notre pensée, ni celle de notre verbe, mais celle que nous avons nous-mêmes ramenée de nos propres ténèbres. »
Notre vérité du fond des mers. J’aime les mercredis, cette année-là.
— Nathalie Plaat, Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux