Longtemps Chevillard a renforcé sa réputation de fou littéraire en refusant toute apparition publique, par « phobie sociale ». Il n’a jamais eu de métier alimentaire. Ses livres se vendant peu, il vivait pauvrement à Paris dans un studio minuscule où il ne recevait personne. Il écrivait la nuit, dormait le matin, passait ses après-midi à lire ou aller au cinéma. « Il était farouche, se souvient Bessard-Banquy. Il interdisait qu’on le photographie. Il refusait d’aller présenter ses livres en librairie. » Chevillard vit aujourd’hui au centre de Dijon, dans un manoir décrépit à la façade grise, aux volets clos, encadré par les arbres morts. Il ne manque que les corbeaux sur les cheminées pour nous persuader qu’on entre chez un écrivain maudit, vivant dans la misanthropie et les toiles d’araignée. « C’est moins glauque l’été, dit-il, percevant notre angoisse. Les propriétaires viennent rarement. On leur loue une aile du manoir. » Il vit là avec ses deux filles (6 et 8 ans) et sa compagne, professeur de philosophie. A l’intérieur, tout est plus joyeux. On pourrait être chez un auteur à succès.
— David Caviglioni, « Le mystérieux Monsieur Chevillard », l’Obs, 12 janvier 2017.