Marc s’était toujours contenté de ce qu’il avait et n’aspirait à rien de mieux que ce qu’il était déjà : un homme ordinaire. Très tôt, il s’était avoué son goût pour la tranquillité et avait laissé aux autres leurs rêves de démesure. Jour après jour, il sculptait sa vie avec la patience de l’artisan qui sait que dans les objets les plus simples on trouve aussi de la belle ouvrage.

D’ailleurs, d’où venait cette dictature des passions, des destins exceptionnels ? Qui avait décrété qu’il fallait choisir entre l’exaltation et la mort lente ? Qui s’était pris à ce point pour Dieu en affirmant que Dieu vomissait les tièdes ? Derrière chaque ambitieux, Marc voyait un donneur de leçons qu’il laissait libre de courir après ses grandes espérances. Lui ne demandait qu’à passer entre les gouttes, et à se préserver de la frénésie de ses contemporains. Si le monde courait à sa perte, il refusait d’en être le témoin.

— Tonino Benacquista, le Serrurier volant